Les coulisses de l’ouverture des données culturelles rennaises

Les coulisses de l’ouverture des données culturelles rennaises

21 oct 2013

Tribune de Simon Chignard auteur de « L’open data, comprendre l’ouverture des données publiques » – Le 11 octobre dernier, la Cantine a accueilli une journée consacrée à l’ouverture des données culturelles. Un ensemble d’acteurs du territoire ont annoncé à cette occasion la mise à disposition d’une première sélection de jeux de données sur le portail Open Data de Rennes Métropole. Retour sur les mois qui ont précédé cette ouverture, en mode « embedded ».

L’open data et la culture: un mariage de raison ?  A Rennes comme ailleurs, la culture est souvent restée le parent pauvre de l’ouverture des données publiques. Autant le domaine des transports, de l’information géographique sont de gros fournisseurs de données ouvertes, autant les acteurs culturels sont souvent restés dans l’expectative face à l’Open Data. Des initiatives nationales et internationales (OpenGLAM) tentent depuis longtemps de sensibiliser ces acteurs aux enjeux et aux bénéfices de l’ouverture. Nous n’étions d’ailleurs pas en reste à Rennes: la Cantine a accueilli  dès 2011 des rencontres publiques où les acteurs culturels étaient conviés. Le collectif Open Data Rennes a lui aussi initié des actions dans le domaine, notamment avec l’opération Biblioviz.

Jusqu’à présent nous n’étions jamais parvenu à mobiliser durablement les acteurs, au-delà de quelques exceptions notables dont la Bibliothèque des Champs Libres qui avait déjà publié des statistiques de fréquentation sur le portail Rennes Métropole en accès libre.

Pourquoi la mayonnaise ne prenait-elle pas ? On peut avancer plusieurs hypothèses. D’une part, la diversité des acteurs est beaucoup plus importante dans le domaine de la culture que dans celui des transports publics par exemple. De l’organisateur d’un (petit) festival à l’équipement des Champs Libres, peu de points communs en termes d’organisation, de volume de données gérées, mais aussi de moyens et de compétences disponibles pour appréhender le sujet ! D’autre part, un grand nombre d’acteurs évoquent spontanément les difficultés liées au droit d’auteur (« ai-je le droit d’ouvrir cette photographie qui illustre mon évènement? »), ce qui en l’espèce est davantage une question de contenu ouvert (Open Content) plutôt que de donnée ouverte (Open Data). Enfin, il me semble qu’il nous manquait une dynamique collective qui réunisse les acteurs culturels eux-mêmes, une dynamique qui ne soit pas exclusivement portée par des tiers.

Des ateliers internes pour identifier des projets d’ouverture. Au printemps dernier, Bernadette Kessler, en charge du portail Open Data au sein de la direction communication de Rennes Métropole et Ville de Rennes m’a demandé de co-animer une série de quatre ateliers pour les agents de la collectivité. L’idée était de s’appuyer sur des formats déjà testés lors de l’évènement VivaCités et de proposer à chaque fois une thématique particulière. Nous avons ainsi traité des données environnementales (la qualité de l’eau), de l’état-civil (les prénoms des petits rennais), des parcs et jardins (les données du Thabor) et bien sûr des données culturelles. Chaque atelier mobilisait les directions concernées, et donc notamment la direction générale de la culture de Rennes Métropole. Chaque atelier a réuni une quinzaine de participants, issus de différents services.

Pour l’atelier consacré aux données culturelles qui s’est déroulé en avril 2013, nous avions plusieurs messages à faire passer. L’un concernait la distinction donnée ouverte / contenu ouvert déjà mentionné plus haut. L’autre était de montrer la très grande diversité des données qui pourraient être ouvertes: les données de programmation bien sûr, mais aussi les données statistiques (fréquentation des équipements et des évènements, …), les annuaires culturels,  … Nous avions par ailleurs identifié trois objectifs possibles à l’ouverture des données culturelles: diffuser et faire connaître l’offre culturelle (par exemple par la reprise de l’agenda culturel sur de multiples supports), offrir des services complémentaires aux publics (« quel est le meilleur moment pour visiter le musée ? ») et enfin pouvoir disposer d’une vue globale sur l’actualité culturelle du territoire (« prendre le pouls de la ville »)… Ces ateliers internes avaient aussi vocation à faire émerger des projets d’ouverture de données, d’identifier des acteurs près à s’impliquer dans la démarche.

Une dynamique collective

En juin 2013, deux réunions de travail ont été organisées à l’initiative des Champs Libres (Lilian Madelon) et de la direction générale de la culture (Cécile Bizot) pour aller plus loin et initier une dynamique de groupe. On y retrouvait bien sûr les différentes entités des Champs Libres, d’autres équipements de Rennes Métropole et de la Ville de Rennes (Opéra, Musée des Beaux-Arts, conservatoire, …) mais aussi des acteurs tiers: l’association des Transmusicales (ATM), Arts Vivants ou encore le Volume (équipement culturel de Vern-sur-Seiche). Le groupe a identifié des premières pistes d’ouverture. On a ainsi recensé les données liées à l’équipement lui-même (fiche d’identité du lieu, horaires et conditions d’accès, …), à sa programmation (données événementielles), des données instantanées (fréquentation du lieu), des données statistiques (fréquentation d’une exposition, budgets, …), des métadonnées liées aux catalogues, … Nous avons aussi étudié les initiatives de Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture, ou encore du collectif des festivals d’Edimbourg en Ecosse. Les réutilisateurs du collectif Open Data Rennes sont venus témoigner, ainsi que Cibul.

L’ouverture de la base Infolocale

Parallèlement, Ouest-France étudiait les modalités d’ouverture de la base de données événementielles Infolocale. La base rassemble près de 600 000 évènements par an, de tous types: des évènements « culturels » mais pas uniquement (on y retrouve par exemple les brocantes, les journées portes ouvertes des écoles, etc…). Fait intéressant, l’agenda culturel publié sur le site de Rennes Métropole est issu des données de cette base, données qui sont saisies par les organisateurs d’évènements. Cependant, il faut souligner que la mise à disposition des données Infolocale ne se limite pas au territoire rennais. Bref, il y a eu convergence entre la volonté de Rennes Métropole d’ouvrir les données culturelles, dont l’agenda, et la stratégie de Ouest-France sur le sujet.

L’offre de données culturelles à Rennes

La concrétisation de cette dynamique est à consulter du côté du portail Open Data de Rennes Métropole. On y retrouve ainsi l’agenda culturel de Rennes Métropole avec Infolocale, celui des Champs Libres (qui comprend des liens vers les podcasts des évènements), l’annuaire des acteurs du spectacle vivant en Ille-et-Vilaine (Arts Vivants), la liste de tous les concerts et des artistes programmés par les Transmusicales depuis 1979, la liste des oeuvres du Musée des Beaux-Arts prêtés, des statistiques de fréquentation détaillées (Bibliothèque des Champs Libres, Musée de Bretagne, Musée des Beaux-Arts,…) ainsi qu’une extraction de tous les prêts réalisés dans les bibliothèques de Rennes le 1er octobre… Au moment où le Ministère de la Culture organise son premier hackathon, ces premiers résultats concrets sont assez encourageants. Tout en poursuivant la mobilisation des acteurs culturels (c’était aussi l’objectif de la rencontre du 11 octobre), il nous faut donc maintenant mobiliser les réutilisateurs ! A vos claviers, à vos stylos !

Plus : 
Le portail Open Data de Rennes Métropole
Le portail data.infolocale.fr

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