Open-Hardware : un modèle économique basé sur la communauté

Open-Hardware : un modèle économique basé sur la communauté

2 juil 2013

Comment gagner sa vie à partir du matériel open source ? Quel modèle économique pour un secteur qui fait le choix de ne pas privatiser ses plans ? Tel était le thème de la rencontre organisée le vendredi 27 juin à Rennes.

L’open source appliqué au matériel, le « hardware », ce sont des produits physiques, un coût qui n’est plus la seule matière grise : des composants, des coûts de fabrication, de livraison, différents des logiciels open source, dématérialisés. Le matériel open source est avant tout une philosophie, et un acte politique, en opposition « la logique de rente de situation » développée avec la culture du brevet. Frédéric Jourdan, de Snootlab, explique que « se battre pour empêcher les autres de développer des idées n’a pas de sens« .  Pour bien comprendre la logique de l’open source, John Lejeune, manager du LabFab, prend l’exemple de la gastronomie bretonne :  « la crêpe est très répandue, mais cela n’empêche pas de voir se monter des crêperies partout. Lorsque l’on ouvre un restaurant, c’est de la valeur ajoutée que l’on vend, un savoir-faire, de l’accueil, du service en plus« , ajoutant que le « verrouillage freine l’innovation« , dans la crêperie comme ailleurs.

La motivation pour l’open source peut prendre plusieurs formes, Olivier Gillet (Mutable) explique qu’il est arrivé là car, en tant que musicien, il éprouvait « de la frustration de devoir utiliser des machines qui ne répondaient pas à ses besoins. Les synthétiseurs du commerce n’offraient pas une qualité d’ingénierie au top, et c’est anormal que ça plante. » Travailler sur un modèle open source, avec une haute exigence était pour lui un moyen de « ne pas infliger la peine du dysfonctionnement au client » et de lui donner en plus la possibilité de personnaliser sa machine.

La logique commerciale et financière est souvent le plus difficile à faire comprendre dans une société imprégnée de la culture du brevet et de la fermeture. Pourtant, Frédéric Jourdan explique qu’il est possible aujourd’hui de générer de l’activité et d’en vivre. Snootlab vend des produits électroniques open source dont elle met les plans à disposition, accessibles sans débourser un seul centime. L’entreprise, et se trois salariés, qui n’avait généré que 10000€ de chiffre d’affaire en 2010, année de sa création, a aujourd’hui dépassé le seuil de rentabilité. L’open source comme le reste n’échappe pas à la contrefaçon, mais Snootlab explique que « ceux qui veulent acheter le quart du prix n’ont pas compris ce que l’on fait« , « nous vendons de la qualité et nous soutenons ‘financièrement’ la communauté, en donnant sur notre temps, donc sur notre salaire. » Snootlab finance même des projets en accompagnant des personnes tout au long du processus, « les autres ne sont pas nos clients. »

Sur la contrefaçon, il faut parfois savoir discuter et expliquer. Jimmy Rodgers, de l’Open Source Hardware Association,  explique que « la Chine a sa propre culture de l’open source« , qu’il faut s’y prendre différemment pour lutter contre la piraterie. « Quand nous avons vu que nos produits étaient contrefaits, en vente sur des plateformes de vente en ligne chinoise, nous sommes d’abord aller leur parler pour leur expliquer notre logique. En expliquant que ces produits pouvaient devenirs légaux s’ils respectaient les plans et la licence, que nous pourrions d’ailleurs les vendre sur notre propre plateforme, ils ont compris« , ajoutant pour conclure : « maintenant, ils sont à bord. »

Cette notion de communauté est primordiale dans ce secteur, à condition de l’activer et l’entretenir. « Il faut publier le plus tôt possible et le plus souvent [les plans et le code] pour créer une communauté et susciter l’intérêt. » Cette même communauté se transforme parfois en cellule d’innovation externalisée, MuteLab explique que sa communauté est « sa branche Recherche et développement« .  Avec Internet, nous pouvons toujours être sûr de trouver du monde avec qui travailler : « si je suis très motivé, d’autres le seront, et si mon projet n’était pas open source, il ne serait pas autant partagé« , donc connu.  Jimmy  Rodgers explique, « j’ai toujours des nouvelles idées et de nouveaux projets que je développe mais que je ne terminerais si je n’avais pas la communauté. C’est pour franchir les dernières étapes, les derniers 10%, qu’elle m’apporte le plus. Le moment où, à titre personnel, j’ai le plus de mal. »

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Communauté et modèle économique se rejoignent dans le crowdfunding, un levier important dans cet écosystème. Emmanuel Gilloz (FoldaRap) a utilisé le mode du financement participatif pour fabriquer et commercialiser ses premières imprimante 3D. « Le financement participatif revient toujours à la communauté, car c’est open source. J’avais demandé 6500€ pour pouvoir me lancer en fabriquant dix machines. Au final j’ai  largement dépassé mes objectifs. J’ai même dû arrêter la collecte à un niveau [16595€] auquel je pouvais en en fabriquer trente, la limite technique et matérielle pour moi. »

Lorsqu’il est bien pratiqué, pas seulement un « argument marketing », la stratégie open source est  un moyen d’impliquer les clients dans une communauté réelle, pas celles des seuls réseaux sociaux. Chacun est associé au développement des produits, dont il pourra lui-même tirer des bénéfices personnels, financiers ou non. L’open source hardware se positionne comme un réel moyen d’essaimage du savoir et des revenus dans un nouvel écosystème, qui ne serait plus pyramidal, mais distribué.

Régis Chatellier - @el_reg
[Billet initialement publié sur le blog de l'association Bug]

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